Société

Girons des Jeunesses vaudoises : bientôt classés zone sensible par l’ONU ?

Vincent Rey Vincent Rey 4 min de lecture
Girons des Jeunesses vaudoises : bientôt classés zone sensible par l’ONU ?

À quelques jours des premières festivités fédérées, les voilà qui reviennent comme les mouches sur une tarte aux pruneaux :
les grands articles catastrophes sur les Jeunesses campagnardes.

“Omerta.”
“Dérapages.”
“Agressions.”
“Sexisme.”

Encore deux reportages et on va croire que les Girons nécessitent une intervention de l’OTAN entre Prévonloup et Moiry

Soyons sérieux deux minutes, même avec un demi dans le cornet.

Oui, les témoignages des plaignantes doivent être entendus et pris au sérieux.
Oui, toute agression ou harcèlement doit être condamné fermement.
Et oui, les comportements dénoncés sont inadmissibles. Personne ne défend ça. Même pas le type au parking qui dort dans sa voiture avec une merguez froide sur le siège passager.

Mais ce qui devient fatigant, c’est cette manie de transformer systématiquement les Jeunesses campagnardes en responsables universels de tout ce qui se passe dans un rayon de 15 kilomètres autour d’une cantine.

Petit rappel utile :
dans un Giron à 25’000 ou 30’000 personnes… tout le monde n’est pas membre d’une Jeunesse.

Incroyable révélation, on sait.

Parce qu’à entendre certains commentaires, on croirait que chaque personne présente a signé un contrat agricole à la naissance avec chemise blanche obligatoire et initiation au lancer de gobelets dès 14 ans.

La réalité ?
Les Girons attirent absolument tout le monde :

des jeunes,

des moins jeunes,

des gens des villes,

des curieux,

des groupes de potes,

des festivaliers,

et même des Lausannois qui découvrent avec émotion qu’il existe encore des villages après Chalet-à-Gobet.

Et contrairement à certains clichés fatigués, tous les membres des Jeunesses ne sont pas des “bouzeux” roulant en tracteur avec une botte de paille dans le coffre et Patrick Sébastien à fond dans la voiture.

Oui, historiquement, le milieu reste plutôt conservateur dans certaines mentalités. Personne ne va prétendre que les Girons sont devenus un colloque sociologique progressiste organisé dans une galerie d’art vegan à Lausanne.

Mais dire que rien n’évolue est faux.

Le milieu change.
Le milieu progresse.
Les discussions existent.
La prévention augmente.
Les mentalités évoluent aussi.

Et surtout, il faudrait peut-être arrêter avec le vieux cliché du Giron résumé à “des jeunes ivres dans un champ”.

Parce que pendant des années, les mêmes journalistes nous ont expliqué que le principal problème des Girons, c’était l’alcool.

Comme si l’abus d’alcool avait été inventé à côté d’une cantine du Gros-de-Vaud un samedi à 1h du matin.

Petit rappel là aussi :
l’alcool est partout dans le canton.

Dans les festivals.
Dans les matchs de hockey.
Dans les comptoirs.
Dans les carnavals.
Dans les afterworks.
Dans les fêtes étudiantes.
Dans certains repas d’entreprises où Jean-Michel des finances finit plus penché que le sapin de Noël communal.

Mais bizarrement, quand ça se passe dans un Giron, on découvre soudainement le concept de “consommation excessive”.

Et surtout, on oublie toujours le principal :
à la base, un Giron est une manifestation sportive.

Oui oui. Sportive.

Il y a des jeux, des compétitions, des activités, des concours, des cortèges, des défis entre Jeunesses et tout un esprit de rassemblement régional.

Mais évidemment, filmer une équipe qui pousse un char ou des jeunes qui organisent des tournois attire moins de clics qu’un zoom dramatique sur un gobelet de suze abandonné dans l’herbe.

Pendant ce temps-là, ce qu’on oublie de raconter, c’est que ces mêmes Jeunesses passent des mois à organiser des événements gigantesques avec une organisation parfois plus carrée que certaines manifestations professionnelles.

Sécurité.
Infrastructure.
Électricité.
Parkings.
Cantines.
Nettoyage.
Gestion des bars.
Prévention.
Logistique.

À 22 ans, certains gèrent plus de responsabilités qu’un manager en séminaire “leadership & bienveillance” payé 14’000 francs à Lausanne.

Alors oui :
combattons les violences,
renforçons la prévention,
protégeons les victimes.

Mais arrêtons aussi cette caricature du “danger rural organisé” dès qu’un Giron approche.

Parce qu’au fond, les Jeunesses ne demandent pas qu’on excuse les débordements.

Elles demandent simplement qu’on arrête de les transformer chaque année en boucs émissaires officiels du canton de Vaud entre deux verres de chasselas tiède et une assiette de jambon-frites.