Coupe du Monde de la FIFA 2026 — La Suisse éliminée… ou sacrifiée par le football moderne ?
Vincent Rey
• •4 min de lecture
C’est avec tristesse, énervement et un sentiment légitime d’injustice que je vous écris cette chronique.
On nous avait promis une Coupe du monde où le football serait roi.
C’est un écran qui a soulevé le trophée.
D’abord le respect. Après, on gueule.
Cette Nati nous a fait rêver. Du caractère, du courage, et cette insolence qui fait tomber les montagnes — ce qui, chez nous, représente un certain volume de travail.
Pendant trois semaines, des Suisses ont oublié de regarder leur montre.
Vous mesurez l’exploit ?
Face à l’Argentine, on n’était pas en visite guidée. Quand le Vaudois Dan Ndoye égalise, tout le pays se lève. Y compris ceux qui jurent tous les quatre ans qu’ils « ne suivent pas vraiment le foot ».
L’Argentine doutait. La Suisse poussait.
Et puis la VAR a demandé la parole. Comme un type au Conseil communal qui reprend le micro à 23h30 alors que tout le monde avait sa veste sur le dos.
Le carton qui n’a puni personne (sauf nous)
« Embolo a simulé. »
Vraiment ?
Personne n’a vu les dix secondes d’avant ? Le coup sur le tibia à réveiller un mort ? Ou ça abîmait le scénario déjà écrit ?
Admettons. Admettons que l’arbitre y croie sincèrement.
Un deuxième jaune. En quart de finale de Coupe du monde. Pour une action au milieu du terrain.
Il existe un règlement, d’accord. Mais il existait aussi, autrefois, une compétence rare : le bon sens.
Un grand arbitre ressent un match. Il ne distribue pas ses cartons comme un automate de la Migros distribue les tickets.
Encore que. Même l’automate de la Migros sert tout le monde.
Là, la machine avait visiblement un abonnement : jaune pour la Suisse, jaune pour la Suisse, jaune pour la Suisse. Et pour l’Argentine ? Le carnet devait être en rupture de stock. Ou en pause de midi.
Ce soir-là, le carton n’a pas sanctionné Embolo.
Il a sanctionné le spectacle.
Et qu’on laisse Breel tranquille : il a couru pour trois, encaissé pour cinq et fermé sa bouche pour onze.
Déjà vu ? Normal.
Euro 2021, quart de finale, Espagne. La VAR sort Remo Freuler.
La Suisse finit à dix.
La Suisse tombe avec les honneurs.
La Suisse dit merci et rentre.
À force, on se demande si la VAR ne connaît pas mieux le chemin du vestiaire suisse que celui de ses propres erreurs.
La VAR : saison 12, toujours plus d’épisodes, toujours moins de scénario
On nous l’avait vendue comme une révolution. Une justice parfaite. Un football équitable.
Aujourd’hui, c’est une série Netflix qu’on n’arrive plus à arrêter : chaque épisode sa polémique, chaque saison sa nouvelle lecture du même article de règlement.
La FIFA de Gianni Infantino, elle, adore trois mots : innovation, modernité, transparence. Trois mots magnifiques, imprimés sur des brochures magnifiques, distribuées dans des salons magnifiques.
Pourtant, après chaque tournoi, les gros titres ne parlent jamais des buts.
Ils parlent des arbitres.
Des ralentis.
D’un monsieur en noir qui court après son oreillette pendant qu’une cabine climatisée réfléchit à sa place.
À ce rythme, le prochain Ballon d’Or ira à un écran 4K. Costume trois pièces, discours ému, remerciements à la fibre optique.
Non, pas de complot. Pire.
Soyons sérieux deux minutes, même avec un demi dans le cornet.
Non, la FIFA ne voulait pas « absolument » envoyer l’Argentine en demi-finale. Rien ne permet de dire ça, et ceux qui l’affirment confondent analyse et troisième blanc au comptoir.
Le problème est ailleurs. Et il est plus embêtant que le complot :
les décisions les plus contestables tombent, comme par hasard, toujours sur les plus grandes affiches.
Ce n’est pas de la triche.
C’est pire : c’est de l’amateurisme institutionnel avec un budget de multinationale.
Ce qu’on ne saura jamais
À onze contre onze, cette Suisse pouvait battre l’Argentine.
On ne le saura jamais.
Et c’est précisément ça qui est insupportable.
Alors on va faire ce qu’on fait le mieux : ranger les drapeaux, replier les tables, dire que « c’était déjà bien d’être là », remercier Yakin, applaudir Ndoye, défendre Embolo — et retourner timbrer lundi à 7h00 pile.
Mais une question va tourner dans les têtes pendant trente ans, quelque part entre le café et la machine à café :
Le football moderne est-il encore décidé par ceux qui jouent…
…ou par ceux qui regardent le match sur un écran ?